Une écologie enracinée : le retour de la nature dans les vignes
Depuis une décennie, la vigne bourguignonne n’est plus seulement synonyme de rangs bien alignés : on y retrouve le bourdonnement des insectes, la diversité des herbes folles, et même les brebis venues entretenir les sols. L’agriculture biologique continue sa progression (plus de 17% du vignoble régional en 2023, selon l’Agence Bio), mais, au-delà du label, c’est une véritable philosophie qui s’installe.
- L’agroécologie : de plus en plus de vignerons appliquent les principes de l’agroécologie : couverture végétale, enherbement, fécondation naturelle, haies replantées, entretien responsable de la faune native… Cela crée un écosystème vivant, plus résilient, ancré dans le respect du cycle naturel. Prenons l’exemple du domaine de la Soufrandière, à Vinzelles, pionnier en la matière.
- La lutte contre les intrants : la réduction (voire l’élimination) de produits phytosanitaires et de désherbants est maintenant un standard chez de nombreux vignerons indépendants. D’après Vignerons Engagés, 8 domaines sur 10 renoncent au glyphosate et misent sur des pratiques douces.
- La gestion de l’eau : face à la sécheresse, certains domaines – citons le clos Saint-Vincent à Fixin – multiplient les expérimentations autour des micro-barrages, paillage et variétés résistantes à la sécheresse. Une vigilance constante, alors que le climat devient plus capricieux.
Climat : l'urgence d'innover et d'expérimenter
L’adage « l’avenir appartient à ceux qui innovent » prend tout son sens dans les vignes. En Bourgogne Franche-Comté, les années à 40°C ne sont plus l’exception. Les vendanges avancent, le sucre grimpe : comment tirer le meilleur du terroir sans trahir l’élégance locale ?
- Changements de cépages et sélection massale : Certains domaines défrichent des variétés plus résistantes aux maladies et à la chaleur, comme l’aligoté ou le tressallier, en complément du pinot noir ou du chardonnay. Les sélections massales (on greffe à partir de vieilles vignes locales) reviennent aussi en force, une démarche lancée par la Maison Louis Latour à Aloxe-Corton.
- Garde-fous technologiques : La coopérative Vignerons de Buxy expérimente des stations météo connectées pour prédire mieux les attaques, limiter les traitements. Cartographie par drone, capteurs d’humidité, outils d’aide à la décision : la tradition s’allie à l’intelligence numérique, sans pour autant sacrifier la main du vigneron.
- Recherche sur le degré et l’acidité : Pour garder des vins équilibrés malgré la hausse des températures, l’INRAE de Dijon travaille avec plusieurs domaines pour des vinifications « peau de chagrin » : on vendange plus tôt, on protège davantage l’acidité, on expérimente pressurages et élevages inédits.
Transmission et nouvelles figures : la relève réinvente la tradition
Si la parole est longtemps restée dans quelques mains, la génération montante prend aujourd’hui la lumière. Plus féminine, plus ouverte sur le monde, elle creuse la diversité et écrit de nouvelles pages, sans renier l’histoire.
- Les femmes à la vigne : Les figures comme Jeanne Piolle à Savigny-lès-Beaune (Domaine Piolle) ou Aude Pommier en Haute-Saône s’imposent et montrent la voie d’un vin porté par la sensibilité et une énergie nouvelle (voir l’article du Monde).
- Polyculture, micro-fermes, collaborations : Délaissant le modèle du vignoble monolithique « mono-cépage / mono-métier », certains optent pour la polyculture, remettent des vergers, des ruches, font du maraîchage associé : un retour à la synergie rurale, à l’instar de la Ferme du Pré Neuf à Saône-et-Loire.
- Formations et nouveaux réseaux : La transmission passe par la formation et les échanges. L’École des Vins de Bourgogne, comme les réseaux de vignerons bio (Vignerons Indépendants, VitiBio, etc.), jouent un rôle clé dans l’intégration des jeunes, des reconversions et des nouveaux modèles d’exploitation.
Œnotourisme et ouverture : des domaines-racines, mais ouverts sur le monde
Fini le temps de la cave qu’on pousse entre initiés, tremblant. Elevé au rang d’art de vivre, le vin de Bourgogne Franche-Comté fait désormais recette auprès des visiteurs d’ici et d’ailleurs, avides de rencontres, d’expériences et d’authenticité.
- Foires, portes ouvertes, balades nature : Les événements festifs (Biojoleynes, Fascinant weekend Vignobles & Découvertes, ou la Route des Grands Crus) se multiplient : dégustations itinérantes, marchés d’artisans, concours de labour à cheval…
- Logements insolites et réceptifs de charme : On voit éclore des gîtes dans les cuveries, des chambres d’hôtes sur pilotis, des tables d’hôtes en plein champ, comme au Clos du Grand Bois (Fleurie), pour vivre le vin comme une expérience sensorielle et humaine totale (Bourgogne Tourisme).
- Valorisation des savoir-faire locaux : L’œnotourisme se conjugue avec promotion des produits fermiers et artisans locaux, mêlant verres et saveurs, savoir-faire d’ici… et souvenirs pour la vie.
Vins natures et circuits courts : un engagement plébiscité
- L’essor du vin nature : Les vins « sans maquillage », parfois déconcertants mais toujours porteurs d’émotion, font leur chemin sur les tables de la région. D’après l’Association des Vins Naturels, leur nombre a doublé en Bourgogne Franche-Comté depuis 2018.
- La pression des circuits courts : Les ventes à la propriété, les paniers de vignerons, la livraison chez l’amateur ont explosé pendant la crise Covid, phénomène qui perdure. La recherche de lien humain, de transparence et de juste prix conduit à un engagement fort des domaines dans cette orientation (Vignerons Indépendants).
- Des attentes nouvelles pour l’éthique : Ici comme partout, l’amateur souhaite des boissons plus saines, plus vertueuses, inscrites dans un paysage préservé. La notion d’éthique (labels, respect des travailleurs, inclusion, respect de la biodiversité) pèse de plus en plus dans les choix des consommateurs, qui récompensent les domaines transparents, sincères, engagés.
L’audace et la fidélité : une Bourgogne Franche-Comté du vin en mouvement
La Bourgogne Franche-Comté continue d’incarner le raffinement, l’authenticité et la profondeur d’un patrimoine sans égal, mais c’est désormais à la lumière de l’audace et de l’innovation que les domaines tracent leur avenir. Les vigneron(ne)s de la région, souvent de taille modeste, savent conjuguer la mémoire des siècles et le génie de la métamorphose : inventer sans perdre l’essentiel, explorer sans dénaturer, transmettre sans figer.
L’éclosion de cette nouvelle génération, les enjeux climatiques et la quête d’authenticité promettent un vignoble plus riche, plus varié, mais aussi plus fragile et précieux. Un écho à toutes celles et ceux pour qui le vin n’est pas seulement une boisson, mais un art de vivre, une ode à la vie et à la terre.
Sources : Agence Bio, INRAE, Vignerons Indépendants, Association des Vins Naturels, Bourgogne Tourisme, Le Monde.
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